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Jean-Claude Rousseau

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De son appartement

JCR
France, 2007, 70 min, vidéo

Ce film n’est pas une adaptation de Bérénice de Jean Racine : je ne suis pas allé chercher Bérénice, c’est Bérénice qui est venue au film. Elle l’emplit.
Jean-Claude Rousseau

Il y avait longtemps que je voulais essayer si je pourrais faire une tragédie avec cette simplicité d’action qui a été si fort du goût des anciens. Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d’invention. Ils ne songent pas qu’au contraire toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien.
Racine, préface de Bérénice, 1670

Proposée par Jean-Claude Rousseau en synopsis de son dernier film, cette citation est bien connue. Elle figure, on le sait, l’archéologie de cette modernité radicale qui court de Mallarmé à Beckett. Elle consiste moins à faire surgir une forme à partir du ténu, qu’à souhaiter accorder à ce très peu sa pleine place, sa force intacte, sans lui substituer une autre intensité. Semblable programme n’est pas neuf dans le cinéma de Rousseau. C’en est même la signature, l’exigence toujours continuée. La singularité, cette fois, tient au fait qu’il revienne explicitement à la source. Le voilà donc, chez lui, à dire Bérénice en solo, tout en poursuivant par ailleurs des tâches domestiques. Jusqu’au comique : ainsi ces plans répétés où il s’obstine à resserer le joint d’un robinet défficient, ou encore l’allégresse en gros plan de pieds nus qui se laissent entrainer à quelques pas de danse. Mêler la vie à l’art, de telle manière que rien n’y soit jamais compartimenté ni cédé, voilà la grande affaire. Cette grande affaire saisie à domicile, à quoi s’emploie De son appartement, c’est ce qui s’appellait autrefois une vie de saint.
Jean-Pierre Rehm